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Guillaume Fievet & Michel Milhe font face à l'envolée des prix

Savons et emballages de Marseille durement impactés par la flambée des coûts.

Depuis l’été 2021, le prix des matières premières flambe. Le papier a pris 30%, le polyéthylène +230%, croissance à deux chiffres également du prix de l’huile d’olive. Un malheur n’arrivant jamais seul, les industriels affrontent simultanément la hausse du prix de l’énergie, l’explosion des taux de fret maritime et les ruptures d’approvisionnement. Des tensions désormais exacerbées par la guerre en Ukraine. La Savonnerie du Midi et Milhe&Avons témoignent.

Le cube de savon, somme toute un produit de base pour l’hygiène corporelle et la lessive, va-t-il devenir un produit de luxe ? L’épidémie, le changement climatique et aujourd’hui la guerre en Ukraine sont en train de changer la donne. Les marchés s’emballent générant de fortes tensions sur les prix des matières premières et sur l’énergie, quand la demande demeure soutenue. À la Savonnerie du Midi, les cinq chaudrons sont alimentés au gaz. Depuis quelques mois, la facture ne cesse de grimper. Les huiles suivent la même courbe haussière sans discontinuer. 

Chaudrons Savonnerie du Midi ©NBC

Conséquence des aléas climatiques, le prix des huiles exportées d’Italie, de Grèce et d’Espagne, a doublé. Le prix du coprah, importé d’Asie, flambe tout comme les taux de fret maritime.

« L’Ukraine est l’un des principaux producteurs d’huile de tournesol et la guerre a totalement déstabilisé le marché des huiles végétales. Avec la pandémie, certains pays producteurs ont fermé leur marché perturbant le commerce mondial. Nous avons besoin de répercuter les hausses auprès des clients », justifie Guillaume Fievet, président de la Savonnerie du Midi. Fabricant et distributeur d’emballages, Milhe&Avons traverse la même période de fortes turbulences, impactant la production et entraînant des retards de livraison.

Guillaume Fievet, président de la Savonnerie du Midi ©NBC

ENTRE LA COMMANDE ET LA LIVRAISON, LES PRIX CONTINUENT DE GRIMPER

« L’explosion des prix, antérieure à la guerre en Ukraine, a comme origine les conséquences de la pandémie, avec des usines qui tournent au ralenti et une demande soutenue similaire à 2019. Tout a augmenté : le papier est en hausse de 30%, le plastique de 200% et le polyéthylène 230%. Sans compter les difficultés d’approvisionnement voire des ruptures de livraison », déplore Michel Milhe, directeur général adjoint de l’entreprise marseillaise qui livre 4 000 commerçants en France et dans le monde. 

Milhe&Avons ©M&A

En quête de solutions

Entre le moment où le client passe sa commande et la livraison, les prix continuent de grimper.

« La hausse atteint des niveaux historiques, au point que certains fournisseurs de papier ont décidé d’arrêter leur usine, pendant un à deux mois. Nous appelons les clients pour leur demander de répercuter la hausse. Cela se fait au cas par cas », explique le dirigeant.

Tout comme la Savonnerie du Midi, Milhe&Avons a vu les taux de fret maritime atteindre des niveaux inégalés en sortie d’Asie. « Les prix des conteneurs 40 pieds ont été multiplié par sept et, pendant ce temps, les compagnies maritimes enregistrent des bénéfices records », dénonce Michel Milhe. 

Les deux dirigeants refusent de céder à la fatalité et tentent de diversifier leurs approvisionnements.

« Nous cherchons de nouveaux fournisseurs et de la R&D est en cours sur de nouvelles provenances d’huile. Il y a des pistes tant dans la fabrication que le sourcing », complète Guillaume Fievet. Les PME marseillaises font preuve d’agilité en pleine période d’incertitude et gardent l’espoir de renouer avec des niveaux de prix raisonnables.  

Nathalie Bureau du Colombier